Armer les polices municipales ?

Aux policiers municipaux réunis à Nice le 16 juin, Claude Guéant a promis des subventions à l’achat de gilets pare-balle. Il a aussi évoqué une coopération accrue entre police nationale et polices municipales, qui pourrait conduire à armer plus largement celles-ci.

Au final, c’est bien à un alignement progressif des polices municipales sur la police d’Etat qu’on assiste, au point que la récente loi Loppsi 2 prévoyait d’autoriser les premières à procéder à des contrôles d’identité comme la seconde. Proposition censurée par le Conseil constitutionnel.

Après avoir supprimé 10 000 postes de policiers et de gendarmes, la droite aimerait en réalité que les communes prennent le relais de l’État… Très centralisateur dans la décision, dans le contrôle des collectivités locales, dans la maîtrise de l’impôt, ce gouvernement devient décentralisateur lorsqu’il s’agit de se défausser de compétences coûteuses, fussent-elles au cœur de ses missions régaliennes !

Est-ce aux communes, déjà en difficulté financière faute de dotations suffisantes, d’assumer la lutte contre la délinquance ?

Au delà de la question financière, les risques sont multiples. Risque de voir se développer des polices municipales bien dotées dans les villes riches, quand les plus pauvres se contenteront d’une police nationale sans moyen, risque que les orientations policières différent d’un endroit à l’autre du territoire, risque de voir les polices municipales privilégier la prévention, cantonnant la police nationale dans un rôle répressif qui l’éloignera des citoyens.

Risque surtout pour les policiers et les citoyens eux-mêmes. En confiant des missions complexes à des polices municipales peut-être équipées techniquement mais moins bien formées que les policiers nationaux, en rendant possibles des interventions mal coordonnées entre polices concurrentes, le danger n’est-il pas de revivre des drames semblables à celui de Villiers-sur-Marne en 2010, où une policière municipale mal informée et mal protégée avait été tuée ?

Plutôt que d’offrir des gilets pare-balle et des armes aux policiers municipaux, les socialistes proposent de recruter massivement dans la police d’État et de redéployer les polices de proximité que la droite a supprimées. Parce que la France a d’abord besoin d’une police nationale équipée, largement déployée et capable d’assumer tout à la fois ses missions de prévention et de répression.

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